« Je travaille avec mon cœur d’enfant »

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Photo : Guillaum Chaigne
26 avril 2020

« Je travaille avec mon cœur d’enfant »

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Photo : Guillaum Chaigne
26 avril 2020

guillaum chaigne

« Je travaille avec mon cœur d’enfant »

Rédaction : Léa Villalba
Photo : Guillaum Chaigne
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MONTRÉAL | AVRIL 2020

Passionné par la couture, les matières et les formes depuis l’enfance, c’est à 19 ans que Guillaum Chaigne lance sa première entreprise de mode, EraGraff. Après ce premier pas dans l’industrie, le créateur crée, en 2015, une marque éponyme, pour laquelle il travaille « avec son cœur d’enfant ». Rencontre.

Parle-moi un peu de ton parcours.

J’ai commencé à coudre quand j’avais 10 ans, sur la machine de ma mère. Au secondaire, j’ai arrêté à cause de la pression sociale. Ça m’a beaucoup blessé, mais c’était pas un hobby pour les jeunes garçons… Ensuite, j’ai eu un trauma assez grave en secondaire 4 avec pertes de mémoire, etc… alors l’école a vite été une pente descendante. En secondaire 5, j’étais pas heureux. J’ai toujours été très créatif, je dessinais beaucoup, je voulais m’exprimer à travers ça.  Alors, j’ai quitté l’école.

À quel moment as-tu repris la couture ?

À 19 ans. J’avais trouvé une petite job puis un jour, je me suis regardé dans le miroir et j’ai détesté ce que je voyais. J’aimais pas mon emploi, j’aimais pas qui j’étais. Tout ce que je voulais, c’était créer. Je me rappelais quand je faisais des toutous de Pokémon quand j’avais 10 ans et je me souvenais à quel point j’étais heureux grâce à ça. Alors j’ai recommencé à coudre, avec la machine de ma mère, puis j’ai lancé ma première marque.

Comment as-tu vécu le passage à l’entrepreneuriat ?

Devenir autonome, c’est très gratifiant, empowering. J’étais libre de faire ce que je veux, c’était ma façon à moi de sortir du moule. Je ne voulais plus de cadran ni de boss. Pour devenir entrepreneur, je pense que ça prend aussi une grande résilience. Il n’y a pas que des victoires dans le parcours. Il y a aussi beaucoup de défaites et de moment où il ne se passe rien. Mais je savais que c’était fait pour moi. Soit je décidais de travailler pour le rêve de quelqu’un d’autre, soit pour le mien.

Comment tu définirais tes premières créations ?

J’étais beaucoup dans le streetwear, le monde du hip-hop, du graffiti. J’avais surtout une clientèle jeune, entre 16 et 25 ans. Et je faisais des tee-shirts plus graphiques, avec des hoodies un peu techniques. Je me remettais tranquillement dans le bain.

Combien de temps ça a duré ?

J’ai eu cette marque de 2008 à 2015. Elle était commercialisée dans plusieurs boutiques, ça allait super bien, mais j’avais envie de faire du plus haut de gamme puis d’intégrer un aspect personnel. À la fin, les gens voyaient juste la marque et pas les émotions derrière alors j’ai tout arrêté.

Et maintenant, ça ressemble à quoi Guillaum Chaigne?

Le but derrière cette marque, c’est de retrouver mon cœur d’enfant. Je veux être heureux à travers tout ça. Maintenant, je n’ai plus de frontières ou de limites à ma créativité. Mes collections sont dark, deep, dans des thématiques sombres. Mais je joue un peu avec la couleur. J’aime la simplicité, le minimalisme, les détails de ton.

Qu’est-ce qui t’inspire pour créer ?

Mon processus créatif est très organique, personnel, introspectif. Je m’inspire vraiment de tout ce qui m’entoure, les gens, l’art, les anecdotes… J’aime créer des souvenirs de ce que je vois. Je m’abreuve et je me laisse inspirer. En 2016 ou 2017, par exemple, j’étais dans le bus 55, je regardais dehors et j’ai vu une boite aux lettres avec un sticker mauve. J’écoutais de la musique en même temps et les paroles qui étaient dans mes oreilles matchaient. Toute une collection a découlé de ce moment là ! (rires)

As-tu changé de clientèle ?

Oui, et non. Beaucoup de personnes m’ont suivi d’une marque à l’autre. C’est sûr que maintenant je fais du plus haut de gamme donc les prix sont différents. Tout le monde n’a pas suivi. Je vise plutôt les 20-35 ans qui investissent vraiment dans la mode, qui en ont la passion, ceux qui comprennent le labeur en arrière. Puis, il y a des gens de partout dans le monde qui achètent mon travail : Milan, Paris, Corée… Je suis tellement touché !

Y a-t-il des créateurs qui t’inspirent ?

Rei Kawakubo et Jerry Lorenzo et sa marque Fear of God. Dans l’esthétique, ça m’inspire beaucoup. C’est entre le streetwear et la haute couture, c’est tellement beau !

Et le milieu de la mode, comment tu le trouves ?

Naïvement, je crois que la communauté est belle, mais il y a beaucoup de compétitions. Je rencontre des gens qui veulent être meilleurs que les autres, mais moi je travaille avec mon cœur d’enfant alors je saute dans les bras des designers que j’aime. Je ne peux pas avoir de la haine envers quelqu’un qui a le même rêve que moi.

C’est quoi tes prochains projets ?

La pandémie apporte son lot de difficultés, c’est sûr. Tous les runway ont été annulés alors j’avais décidé de repousser la sortie de la collection printemps/été 2020. Ça m’a secoué, j’ai tellement pleuré, j’ai eu envie d’abandonner. Mais finalement, je vais faire des capsules, comme des microcollections, en sortant 10 à 12 morceaux à la fois. La première sort cette semaine !

SIGNÉES GUILLAUM CHAIGNE

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